ASSOCIATION DES PROFESSEURS D'HISTOIRE-GEOGRAPHIE DE PICARDIE

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L'Association des Professeurs d'Histoire et de Géographie (APHG) Picardie regroupe des professeurs d’Histoire et de Géographie picards, de l’école primaire à l’université. 


hommage Paul oudart

 

PAUL OUDART (1938-2020)

 

Avec le décès du Professeur de géographie Paul Oudart, l’Université de Picardie Jules Verne perd l’un de ses premiers enseignants. Sa forte personnalité n’avait pas tardé à en faire l’un des plus emblématiques tant par ses activités pédagogiques que par sa présence dans de nombreuses structures de l’administration régionale où il apportait son regard d’expert géographe et d’humaniste au service des autres.

 

Né le 2 janvier 1938 à Lille, Paul Oudart commença sa scolarité dans sa ville natale avant d’intégrer l’École normale d’instituteurs de Douai en 1953. Il sortit de l’établissement avec la mention Très bien. Poursuivant ses études supérieures à la Faculté des Lettres de Lille,il réussit brillamment sa licence de géographie et d’histoire. Professeur aux collèges d’Aniche (1957-1959), puis de Lomme (1959-1962), il obtint son Diplôme d’études supérieures en géographie régionale en 1961. Après ses succès au CAPES et à l’Agrégation de géographie dont il fut lauréat en 1963 (4ème rang à l’Agrégation), il partit faire son service militaire. De retour à la vie civile, il fut nommé professeur agrégé d’histoire-géographie au Lycée Faidherbe de Lille où il exerça de décembre 1964 à septembre 1965.

 

La carrière universitaire de Paul Oudart commença en octobre 1965 lorsque le Professeur Jean-Paul Moreau fit appel à lui pour l’assister dans l’enseignement de la géographie au Collège Littéraire Universitaire (CLU) d’Amiens créé cette année-là. L’établissement dépendait de l’Université de Lille. Détaché de l’enseignement secondaire, P. Oudart fut le premier Assistant de géographie à Amiens où il s’installa avec sa famille.

Les premiers étudiants de géographie (dont je suis) se souviennent qu’il assuma alors un énorme travail car tout était à créer au CLU. Le Professeur J.-P. Moreau donnait les cours magistraux de géographie humaine et Paul Oudart se chargeait de tout le reste : géographie physique, géographie régionale, démographie, travaux pratiques, sorties sur le terrain, organisation de la bibliothèque et du prêt de cartes aux étudiants. D’un grand dévouement, il impressionnait par sa stature, par sa disponibilité et par un calme dont il ne se départait jamais. Quelques enseignants venaient une fois par semaine de l’Université de Lille compléter les enseignements.

Paul Oudart déposa un sujet de thèse d’État en 1966 sur « Les grandes villes de la couronne périurbaine de Paris, de la Picardie à la Champagne » sous la direction du Professeur Philippe Pinchemel. Il la soutiendra à l’Université de Paris 1 Sorbonne en janvier 1983. 

 

La création de l’Université de Picardie en 1969-1970 incita P. Oudart à participer activement au développement de sa discipline au sein de la Faculté d’Histoire et de Géographie. Lui-même franchit peu à peu tous les grades de l’enseignement supérieur : maître-assistant titulaire en décembre 1970 - maître de conférences en janvier 1985 - professeur des Universités en décembre 1989. Pour aider à la recherche, il créa le Centre d’Études Géographiques (CEG)en 1990. Cette structure interne dont il prit la responsabilité fut aussitôt reconnue par le Conseil scientifique de l’Université de Picardie puis, quelques années plus tard, par le Ministère (Équipe d’accueil n° 2627). Les Cahiers du CEG parurent de 1993 à 1998.Durant cette période P. Oudart dirigea également le DESS (Diplôme d’études supérieures spécialisées) « Aménagement, développement agricole et agroalimentaire ».

 

Ce père de trois enfants soutenu par son épouse Jacqueline, s’investit dans nombre de structures intra- ou para-universitaires. Membre du Conseil de l’Université de Picardie Jules Verne (UPJV)de 1970 à 1976 puis de 1983 à 1989, il présida la commission « Formation des enseignants » de 1971 à 1974, devint membre du Conseil scientifique de l’UPJV (1976-1978), membre du Conseil du Centre d’Initiation à l’Enseignement supérieur Nord-Picardie de Lille (1990-1998), membre du Conseil Supérieur des Universités (CSU) en 1986-1987), co-directeur du Centre Pédagogique Régional de l’Académie d’Amiens (CPR), membre du Conseil consultatif du CRDP d’Amiens (1982-1989), membre du Conseil d’administration de l’IUFM de Picardie, directeur d’études à l’IUFM, membre du Conseil académique de l’Éducation nationale à partir de 1992, président de jurys de baccalauréat à quatre reprises, président du premier concours de recrutement des professeurs des écoles (1992).

Sa passion pour la pédagogie l’avait conduit à créer un Module optionnel enseignement (MOE)au sein de l’UPJV. Il développa cette orientation en prenant la responsabilité d’un service commun appelé CUFOPSE (Centre universitaire de formation des personnels du secteur éducatif) qu’il dirigera de 1987 à 1998. Premier président du CEVU (Conseil des études et de la vie universitaire) de 1989 à 1991,il sera rappelé à ce Conseil, en tant que personnalité extérieure, après son départ à la retraite en 1999 (2005-2015).

 

À côté de ses activités pédagogiques, Paul Oudart assura dès 1967 le secrétariat de l’AECRP (Association d’Études et de Cartographie Régionale de Picardie) présidée par le Professeur J.-P. Moreau, auquel succèdera Emmanuel-Paul Désiré. Le premier objectif de cette structure multidisciplinaire fut de réaliser un grand atlas régional du même type que ceux qui étaient alors suscités par la DATAR(Délégation à l’aménagement du territoire et de l’action régionale). Une équipe pluridisciplinaire fut constituée dans ce but. Elle associait des universitaires de différentes Facultés, des représentants d’établissements publics (BRGM, INSEE, etc), des personnalités individuelles compétentes et des Services régionaux de l’État dont la DRAF (Direction régionale de l’agriculture et de la forêt).Sous la forme d’un partenariat, le Conseil Régional souscrivit à 1 200 exemplaires. La publication périodique des 120 planches de« l’Atlas de Picardie »[1]à l’échelle 1/500 000 s’échelonna de 1976 à 1987, la centralisation des travaux étant assuré par le laboratoire de cartographie de l’UPJV (Joëlle Désiré-Marchand). Paul Oudart signa les planches cartographiques traitant du dynamisme urbain, du dynamisme de l’emploi industriel, du rayonnement de l’UPJV, des morphologies urbaines de Saint-Quentin et d’Amiens, et de la géographie scolaire. Il fut également l’auteur des planches de géographie urbaine et industrielle qui parurent dans le second atlas régional intitulé Picardie-Atlas, an Atlas of Picardie(AECRP, 1989).

 

Impliqué dans la vie régionale, Paul Oudart exerça diverses responsabilités dans plusieurs structures économiques et sociales, en particulier au CESR (Conseil économique et social régional)dont il fut membre dès sa création. Membre du bureau (1977-1995), rapporteur de plusieurs saisines, membre associé après 1995, il assura la vice-présidence de la section Prospective en 2000. Il fut également membre du Conseil d’orientation de l’ANVAR-Picardie(Agence pour la valorisation de la recherche) de 1982 à 1992, et membre de la commission d’attribution des aides de l’ADEME(Agence de la maîtrise de l’énergie et de l’environnement) de 1998 à 2009. Il présida un organisme qui lui tenait à cœur car dédié à la formation continue des adultes : l’OCEF de Picardie(Observation communication sur l’emploi et la formation).Sur le plan local, il fut administrateur de l’Office d’HLM d’Amiens de 1984 à 1999.

 

Homme engagé, militant attentif à tous les personnels, Paul Oudart resta très attaché à la vie syndicale. Responsable de la section SGEN-CFDT à l’Université jusqu’à son départ à la retraite, il assura le secrétariat académique du SGEN de 1970 à 1978. Sa fonction de membre du bureau de l’Union régionale interprofessionnelle (1978 à 1988) lui ouvrit les portes du CESER(Conseil économique régional)où il siégea de 1973 à 1995. Il accéda à la vice-présidence. Resté proche de cet organisme après l’achèvement de son mandat, il présida l’association des anciens membres du CESER à partir de 2010. Militant, il était inscrit au parti socialiste.

 

Durant sa carrière, Paul Oudart publia une centaine d’articles et d’ouvrages concernant essentiellement la géographie régionale, l’aménagement du territoire, l’environnement urbain et les problématiques spécifiques à la Picardie. Ses travaux sont répertoriés dans le volume de « Mélanges » réalisé à son intention sous le titre Territoires et sociétés.[2]

Travailleur infatigable, porteur d’un regard géographique et humaniste qui repose sur son excellente connaissance des territoires, P. Oudart resta dynamique jusqu’à la fin de sa vie.  Ses deux derniers livres, parus respectivement en 2016 et 2019, lui permirent d’exprimer ses propres idées sur la France contemporaine. Abordant la politique au « sens noble du terme » et les problèmes qui se posent au pays dans tous les domaines, il présente là une synthèse claire des déséquilibres socio-économiques du territoire. Après en avoir fait le constat, il propose les solutions qui permettraient d’établir une meilleure cohérence sociale et territoriale.

Sous le titre Une République digne[3], le premier essai « vise à mobiliser l’opinion publique, à réveiller les consciences, à pousser l’action collective dans des domaines qui concernent tous les citoyens. De l’égalité à la fraternité républicaine, de l’école à l’économie, de la procréation à la santé pour tous, du travail mieux partagé à la réforme territoriale, l’entreprise « France » a besoin d’ouvriers compétents, de dialogues incessants et de décisions claires pour une démocratie largement participative ».Paul Oudart passe en revue les différents aspects de la vie sociale dont les dysfonctionnements nuisent à « la dignité de l’être humain » trop souvent mise à mal par le libéralisme économique. Par ailleurs, le découpage administratif du pays n’étant plus adapté à la situation actuelle, affirme-t-il, il propose une réforme territoriale qu’il défend depuis de nombreuses années. S’appuyant sur une accélération de l’intercommunalité, celle-ci aboutirait à un nouveau maillage départemental qui correspondrait à500« vrais pays vivants »en remplacement des actuels cantons et communes. 

Dans le second essai, Une République indignée[4],le géographe affine ses propositions en tenant compte des événements les plus récents. La démocratie délibérative et parlementaire doit faire face à des problèmes encore non résolus qu’il importe de rappeler. Le premier d’entre eux concerne la démographie : vieillissement de la population, migrations. Parmi les autres sujets de réflexion figurent les comportements sociaux (famille, logements, éducation, religions, laïcité, individualisme), la mondialisation et ses conséquences, le rôle des médias, les rapports entre entreprises et syndicalisme. « Rebâtir la géographie de la France »à partir d’une nouvelle décentralisation s’avère nécessaire, écrit P. Oudart. Ce réaménagement imposerait une décentralisation industrielle, administrative et universitaire – la refonte de l’organisation territoriale – une nouvelle politique salariale et fiscale –un meilleur soutien aux personnes âgées. Sur le plan international, l’auteur insiste enfin sur la nécessité de renforcer la construction européenne. Il suggère aussi la mise en place d’une structure internationale pour tenter de limiter les effets des changements climatiques.  La relance de toutes les structures internationales sont enfin plus que jamais indispensables pour aider à la résolution des problèmes contemporains.

 

Joëlle Désiré-Marchand

Ancienne ingénieure d’études en cartographie à l’Université de Picardie Jules Verne

 



[1] Emmanuel-Paul Désiré et Joëlle Désiré-Marchand, « Vingt ans d’atlas régional en région Picardie », Bulletin du Comité Français de Cartographie, n° 136-137, juin-septembre 1993, pp. 64-68.

[2]Territoires et sociétés. Mélanges offerts à Paul Oudart, (coordination E.-P. Désiré, avec la collaboration de Y. Boquet et J.M. Hoeblich), ed. AECRP, 2004.

[3] Paul Oudart, Une République digne. Propositions pour une présidence de progrès, L’Harmattan, 2016.

[4] Paul Oudart, Une République indignée, op. cit.


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